Aujourd’hui je vais vous parler de la grimpe urbaine, une pratique peu répandue de part ses risques.Andrea Maruna - Pier9 – Vienna - www.wahlhuetter.net
Suite à une chute de 12 mètres, 1 semaine de coma et de multiples fractures (talons, fémur, les 2 bras, les 2 épaules, le bassin…)  je vais vous parler de ce sujet en connaissance de cause.
Encore une fois, cet article relate entièrement d’une expérience personnelle, attention à ne pas en faire une généralité.
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Entre passion et raison
C’était un samedi soir, lors d’une soirée des plus banales que la « tragédie » arriva. Nous étions en ville, entre grimpos, à nous balader dans des rues que nous avions l’habitude de fouler et comme bien souvent nous passions devant ce grand et impressionnant monument de pierre qui me faisait littéralement de l’œil. Ce n’était pas la première fois que je me retrouvais devant et à chaque fois je disais, à qui voulait bien l’entendre, que tôt ou tard je grimperai cette façade. Et pour arriver au sommet de ce « bloc » urbain, c’est pas loin de 30 mètres de haut qui m’attendaient.
Aucune difficulté apparente, dû à un excès de confiance ? Je n’en étais pas à mon premier coup d’essai, ça semblait « facile » et à aucun moment je n’ai ressentis la notion de peur ou de questionnement sur une éventuelle chute.

« Bon je vais toucher la pierre histoire de voir comment ça tient… elle est bonne, ça va le faire! »
« Je monte un peu puis je redescends »

Pour un premier coup sur cette surface je m’en sortais pas trop mal,  j’enchaînais 2 mouv’, 3, 4, 5… Une fois lancé, il est difficile de s’arrêter surtout que je n’avais pas de grande difficulté à faire abstraction du vide derrière moi pour uniquement me consacrer sur ma grimpe. Bien évidemment, je gardais dans un petit coin de ma tête le danger qui était présent du début à la fin.
Au fur et à mesure que je prenais de la hauteur, l’excitation m’envahissait de plus en plus : il fallait que j’aille plus haut, tout en haut, que je puisse poser mes deux mains au sommet et valider ce « bloc ». Je ne pouvais pas me permettre d’avoir un quelconque regret.

Ça y est j’ai réussi, je l’ai eu ! Je redescends
Une fois en haut, je restais quelques minutes là-bas tout seul, pour profiter de la hauteur, de ce sentiment qui me faisait me sentir tellement vivant et surtout pour réaliser la performance que je venais d’accomplir. Après une profonde inspiration, je décidais tout naturellement de descendre. Dans ce genre de condition la descente est bien plus compliquée que la montée.
Petit à petit le sol se faisait de plus en plus proche, accentuant par la même occasion mon assurance.

Un excès de confiance qui m’empêcha d’être totalement prudent. à aucun moment l’idée que la pierre pouvait me faire défaut m’ait venu à l’esprit et c’est pourtant ce qui arriva. Le « bloc » s’effrita, un bout me resta dans la main et c’était le début d’une longue chute et d’un véritable cauchemar pour tout l’entourage.

Un millième de seconde…
C’est en si peu de temps que tout se passe, si peu de temps pour certainement toute une vie de regret.
Un accident tellement important qui, d’une manière générale, vous fait tout remettre en question et prendre du recul.
Mon erreur aura été d’avoir eu beaucoup trop confiance en moi, ne pensant pas une seule fois que lorsque l’on pratique cette forme de grimpe, sa propre personne n’est pas le seul facteur à prendre compte. Des notions que tout bon grimpeur devrait commencer à appréhender à partir du moment où l’on sort de la simple grimpe en salle (et encore).

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Qu’est-ce que c’est ? 

L’escalade est un sport exceptionnel, dont la beauté ne réside pas uniquement dans la pratique de la discipline. On la doit également à sa communauté qui est essentiellement constituée de passionnés et de partages.

David Lama at Riegersburg CastleCette passion se reflète dans une discipline assez peu répandue, la grimpe urbaine. L’escalade en bloc peut se pratiquer de façons bien différentes, dans des endroits bien distincts. L’urbanisme est certainement la plus atypique de toutes, et je vais donc vous en parler selon ma propre expérience.

Dès que l’on commence ce sport on ne peut plus s’arrêter. Une véritable drogue, et dans mon cas la pire de toutes. On en vient à constamment y penser, trouver la moindre occasion pour en parler, marcher dans une rue et analyser les moindres recoins qui pourraient être « grimpables » et s’imaginer le faire…

C’est sur ce dernier point que l’on va s’attarder. En effet, c’est lorsque cette pensée persiste que l’idée de la « grimpe urbaine » apparaît et devient de plus en plus incontrôlable. Ça commence par des petits murets de 3/4 mètres, on arrive même à trouver quelques similitudes avec la grimpe en extérieur sur des sites prévus à cet effet, mais très vite on en arrive à des monuments, statues, grues, immeubles etc.… D’un seul coup, c’est une tout autre sensation que l’on découvre. Une adrénaline comparable à celle que l’on peut ressentir en faisant du solo intégral.
Urban-Boulder-1-von-1-5Sans sécurité, concentré sur chacun de ses mouvements, allant même à faire abstraction du vide en-dessous pour uniquement se concentrer sur sa grimpe.
Etre le premier à réaliser une ligne jamais faite auparavant, vouloir toujours aller plus haut pour ressentir ce frémissement qui te fait te sentir tellement vivant.

Tant de raisons qui, aux yeux d’un grimpeur, pourraient peut-être faire passer la grimpe urbaine comme une discipline totalement légitime. L’est-elle vraiment ?

C’est une pratique unique, certes, mais de par le danger, sa vision change totalement, tout est à prendre en considération (Le climat, les préhensions, la structure, le type de pierre…)
Car, contrairement à l’escalade en salle et sur les sites adaptés, la grimpe urbaine ajoute un autre niveau de difficulté : celle de se lancer à « l’aveugle ».
En effet, lorsque l’on s’aventure dans ce genre de périple, il faut être conscient des risques que l’on prend. Ces structures, de base, n’ont pas été construites pour être grimpées, ce qui rend la chose  d’autant plus attrayante (pour ma part).

L’engagement pour chaque mouvement n’a plus du tout les mêmes proportions, ce qui rend toute estimation de cotation assez improbable. Dans mon cas, la grimpe urbaine était plus une question de sensation que de performance.
Flexwand-1-von-5Toutes ces raisons mettent la lumière sur une autre raison qui fait que cette pratique n’est pas à recommander : les autorités. Pas du tout approuvée par celles-ci, ce qui est parfaitement compréhensible, cela nous pousse à réaliser ce genre de spectacle dans des conditions encore moins profitables.

Le but étant d’essayer de sensibiliser un maximum de personne en partageant mon expérience. Après tout, c’est par le partage que les choses évoluent, une notion très prononcée dans la communauté des grimpeurs et c’est ce qui fait toute la beauté de ce sport.

Mon plus grand regret est de ne pas avoir commencé l'escalade dès mon plus jeune âge !

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