LA PERFORMANCE EN ESCALADE

 

On vous propose un petit moment philo et réflexion à l’aide de trois vidéos très intéressantes et qui permettent d’aborder un point sensible : la performance en escalade.

La performance en escalade : une réflexion à avoir !

Si, aujourd’hui, on me demandait ce qui, pour moi, distingue le plus cette pratique de tout autre sport, il est probable que j’aborderais, en premier, la difficile question de la performance en escalade. En effet, jamais cette notion n’a été aussi fluctuante, jamais aussi dépendante de celui qui étudie et ouvre la voie ou le bloc, des conditions climatiques, de la fréquence des passages, du style et j’en passe…

En effet, quand on sait que le groupe de grimpeurs a avoir initié la pratique de la cotation en bloc, notamment avec l’invention de la « V scale » regrettent aujourd’hui leur invention,.. Il faut dire que les pratiquants vivent de plus en plus d’une recherche de la cote la plus haute possible, quitte à en oblitérer la beauté du mouvement et la beauté de la ligne, j’en viens à me demander si, à la veille de l’époque olympique pour l’escalade, une petite remise en question s’impose.

Cette réflexion, j’ai commencé à l’engager après m’être blessé à plusieurs reprises, 8 subluxations suivies d’une luxation complète et trois mois d’arrêt. Un sacré frein et surtout une bonne occasion de se demander pourquoi je m’étais infligé ça. Je commençais à progresser, à atteindre certaines cotations intéressantes, à me sentir serrer des prises jusque-là inatteignables et bim, l’erreur bête, en haut d’un 6a à fontainebleau, fin de journée, trop de confiance et de fatigue. J’envoie sur une bonne prise, mes doigts tiennent, mais mon épaule lâche. Me voilà, comme un con, à prendre un plomb de 4 mètres sur ce qui aurait dû être une balade. Tout ça, parce que je refusais de m’arrêter, de prendre en compte les très nombreux signaux envoyés par mon corps  qu’est-ce que j’ai gagné ? Quedal ! A part deux visses dans l’épaule et un peu de plomb dans la tête.

Alors là, on parle de moi hein,  pas de grimpeurs de haut niveau, mais l’analogie est-elle possible ? Plusieurs vidéos m’ont mis la puce à l’oreille, alors je vous propose, dans un premier temps, de les regarder et peut-être, entre deux séances et une bière, d’y accorder quelques minutes de réflexion.

Des vidéos inspirantes…

Lucien Martinez dans Fight or Flight, un 9b d’Oliana

La première est une vidéo magnifiquement intéressante diffusée par EPIC TV dans le cadre de l’émission Relais Vertical, mettant en scène Lucien Martinez dans son projet mythique à Oliana, Fight or Flight 9b.

Dans ce cours-métrage, ce sont les premiers mots qui m’interpellent : « Qu’est-ce que je recherche en travaillant une voie aussi longtemps ? ». Tant le vocabulaire utilisé que le ton employé rappelle très vite le langage d’une addiction : « Quand tu travailles une voie, très longtemps, tu finis par la faire, et là, tu es très content, heureux, tu as la banane. Mais après, même si tu refais des voies de la même difficulté, tu ne ressentiras plus le même bonheur. Pour le ressentir à nouveau, il faudra se mettre encore un plus gros projet, encore plus dur, encore plus puiser dans tes retranchements ». Un grimpeur, serait donc condamné à aller encore plus loin, encore plus fort et se mettre de plus en plus en danger pour ressentir à nouveau la beauté de son sport? Le pourquoi de son investissement et la raison pour laquelle il se lève chaque jour ? C’est beau et triste en même temps. L’homme est coincé entre le désir et l’ennui, dans sa représentation la plus parfaite.

Nalle Hukkataival dans Burden of Dreams, le premier 9A de la planète

Une autre illustration se trouve dans la vidéo explicative de Burden of dreams ouvert par Nalle Hukkataival et dans laquelle il reprend, mouvement après mouvement, sensation par sensation, son ascension de la ligne de bloc la plus difficile du monde (9A). De la même manière, une phrase a cristallisé mon attention : « Finalement, c’est un essai parmi d’autres, et celui-ci va finir par être le bon, ça ne fonctionne pas comme ça dans les films d’escalade mais c’est la réalité. C’est presque triste parce qu’on veut quelque chose de plus, on voudrait que ce moment soit plus… spécial mais c’est comme ça. On met tellement d’efforts, tellement d’émotions pour que tout s’arrête d’un coup, juste comme ça ». C’est comme si son moi « non-grimpeur » réalisait que la seule chose qu’il avait réussi à faire, en plusieurs années d’investissement, était de grimper au-dessus de ce caillou. Une fois le succès atteint, la passion et le feu disparaissent soudainement, pour laisser place à la mélancolie. 

Le grimpeur amateur et youtuber Mani the Monkey dans Merkenstein 8A+

Enfin, pour prendre un dernier exemple intéressant, dans une vidéo tournée par un grimpeur amateur sur YouTube, Mani the Monkey, on l’entend prendre du recul sur une de ces performances récentes : un 8A+ bloc, dans une ligne magnifique nommée Merkenstein, ras du sol, tout en gainage et contrôle.

Il dit, finalement de manière très simple : « Combien de personnes sont-elles passées à coté de ce rocher, sans y déceler la moindre prise, le moindre intérêt, alors que pour moi ou pour un autre grimpeur, il peut s’agir du projet d’une vie ? ».

Cette phrase reflète parfaitement le paradoxe de la performance dans ce sport. Chacun, face à son projet, y met sa vie, ses ressentis, ses douleurs et ses combats. Si cela est vrai dans beaucoup de pratiques, le grimpeur, face à son rocher, est un peu seul comme face à un miroir et donc, ses imperfections. Il doit, dès lors, s’efforcer de les gommer, par un acharnement parfois destructeur.

La performance en escalade : conclusion

L’idée ici, n’est en aucun cas d’être prescriptif, ou d’attendre de la part de la communauté grimpante un comportement au lieu d’un autre. Simplement, cette course à la performance et au dépassement de soi, si elle peut avoir un côté sain, doit aussi se faire dans la compréhension de ce qu’impliquent de tels investissements. Pour les personnes qui nous entourent notamment, nos amis, nos familles, qui peuvent nous voir consumés par un projet ou par un idéal de performance  qui n’a jamais pensé à la mère d’Alex Honnold ? :p

Donc voilà, un article qui sort un peu du style ordinaire, mais qui peut, peut-être, alimenter le débat et la réflexion des jeunes (et de tout le monde) qui commencent l’escalade et qui nourrissent les salles d’attente des urgences (je me mets dedans par ailleurs.). Prenons notre temps et profitons d’une pratique et d’un sport magnifique. Fort, on le deviendra – ou pas. Finalement, ce n’est pas si grave.

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