Le machard en escalade : quel nœud autobloquant pour quel usage ?

Mis à jour le 24 septembre 2026

Le machard fait partie de ces nœuds que l’on apprend une fois, que l’on refait mécaniquement, et dont on ne sait plus expliquer le fonctionnement quand quelqu’un demande pourquoi il bloque. On sait juste qu’il faut une cordelette plus fine que la corde, et que trois tours c’est bien.

Le problème est que ce nœud est le seul dispositif de secours en rappel, et que la marge entre celui qui bloque et celui qui glisse tient à des paramètres précis : le rapport de diamètres, le nombre de tours, l’état de la corde. Voici comment il travaille, quand utiliser le machard plutôt que le prusik, et le chiffre qui montre à quel point un nœud peut coûter cher en résistance.

En bref

  • Un nœud autobloquant se fait sur une cordelette de faible diamètre enroulée autour de la corde principale.
  • Le machard bloque dans un sens, le prusik bloque dans les deux sens : ce n’est pas un détail de style, c’est le critère de choix.
  • Ils servent principalement à assurer la descente en rappel, et à remonter sur corde.
  • Le chiffre à connaître : sur une corde de 20 kN, un nœud de cabestan ne laisse que la moitié de la résistance, alors qu’un nœud de chaise en conserve 89 %.
  • Le calcul qui en découle : entre ces deux nœuds, l’écart atteint 7,8 kN, soit davantage que la force de choc maximale qu’une corde à simple a le droit de transmettre selon la norme EN 892.
  • Le réglage se fait au sol, une fois, avec la corde et la cordelette que l’on utilise réellement.

Comment un autobloquant bloque-t-il ?

Par friction, et par une géométrie qui se resserre. La cordelette est enroulée plusieurs fois autour de la corde principale. Tant qu’aucune traction n’est exercée, les spires restent lâches et le nœud coulisse à la main. Dès qu’une charge tire sur la boucle, les spires se serrent, la surface de contact augmente et le frottement bloque.

Trois paramètres décident du résultat.

Le rapport de diamètres d’abord. Une cordelette trop grosse par rapport à la corde ne se déforme pas assez pour mordre. Une cordelette trop fine mord trop et devient impossible à débloquer, en plus de s’user vite. Les documents de référence insistent tous sur ce point : le choix du nœud dépend du diamètre respectif de chaque corde.

Le nombre de tours ensuite. Chaque spire supplémentaire multiplie le frottement, et cette multiplication n’est pas linéaire : la friction s’accumule le long de l’enroulement. Un tour de plus change beaucoup, deux tours de plus rendent souvent le nœud impossible à desserrer sous charge.

L’état de la corde enfin. Une corde neuve et raide fait glisser les autobloquants. Une corde souple, un peu duveteuse, les fait mordre plus tôt. C’est la raison pour laquelle un réglage validé sur une vieille corde peut échouer sur une corde neuve.

Machard ou prusik, lequel choisir ?

La différence tient au sens de blocage, et elle décide de l’usage.

Le prusik bloque dans les deux sens. C’est ce qu’on veut pour remonter sur corde, où l’on charge alternativement deux autobloquants, ou pour bloquer une charge sans savoir dans quel sens elle va partir.

Le machard bloque dans un seul sens et se débloque facilement dans l’autre. C’est ce qu’on veut en rappel, où le nœud doit suivre la descente et ne bloquer qu’en cas de lâcher. Un prusik en rappel bloque aussi quand on le pousse, ce qui rend la descente pénible.

Nœud Sens de blocage Usage principal Défaut
Machard Un seul sens Sécurité en rappel Ne tient pas si on le charge à l’envers
Machard tressé Un seul sens Rappel, se débloque mieux Plus long à faire
Prusik Les deux sens Remontée sur corde Bloque aussi quand on veut descendre

Une variante mérite d’être connue : le machard tressé, où la cordelette est vrillée sur elle-même avant d’être fermée. Il se déverrouille beaucoup plus facilement après avoir été chargé, ce qui compte quand on doit repartir après un arrêt d’urgence.

Combien un nœud coûte-t-il en résistance ?

Voici le chiffre que tout le monde devrait connaître et que presque personne ne cite. Un nœud crée une zone de courbure serrée où les fibres extérieures travaillent bien plus que les intérieures, et cela réduit la résistance du cordage.

L’ordre de grandeur est documenté : sur une corde dont la résistance serait de 20 kN, un nœud de cabestan ne laisse plus que la moitié de cette valeur, tandis qu’un nœud de chaise en conserve environ 89 %.

Le calcul qui suit remet la chose à l’échelle. Une corde de 20 kN avec un cabestan tient 10 kN. La même corde avec un nœud de chaise tient 17,8 kN. L’écart vaut 7,8 kN. Or la norme EN 892 plafonne à 12 kN la force de choc qu’une corde à simple peut transmettre lors de son essai le plus sévère. Autrement dit, le choix du nœud fait varier la résistance disponible de près des deux tiers de la charge maximale prévue par la norme.

Cela ne veut pas dire qu’un cabestan est dangereux, puisque 10 kN restent très au-dessus de ce qu’un grimpeur produit. Cela veut dire qu’un nœud n’est jamais neutre, et que la marge que l’on croit avoir est plus mince qu’on l’imagine.

Comment régler son autobloquant ?

Au sol, une fois, avec le matériel réel. Le test tient en trois gestes et il ne se délègue pas.

On monte le nœud sur la corde tendue, on met tout son poids dessus, main lâchée. S’il glisse, on ajoute un tour. S’il bloque et qu’on ne peut plus le desserrer à la main après avoir déchargé, on retire un tour.

Le réglage obtenu vaut pour ce couple corde et cordelette. Changer de corde, ou passer d’une corde à simple à un brin de corde à double, change le rapport de diamètres et donc le résultat. Le test se refait.

Deux points pratiques complètent le réglage. La cordelette doit être en bon état sur toute sa longueur, car c’est elle qui prend l’usure, pas la corde. Et la boucle doit être fermée par un nœud fiable, un double pêcheur par exemple, contrôlé avant chaque usage.

Quand le nœud ne suffit-il plus ?

Trois situations réduisent son efficacité, et il vaut mieux les connaître avant de s’y trouver.

La corde mouillée ou gelée en premier. Une corde humide devient glissante, une corde gelée devient raide et lisse. Dans les deux cas, le nombre de tours validé au sec ne suffit plus.

La corde neuve ensuite, pour la même raison de raideur et de glissant. C’est un cas fréquent et sous-estimé : on change de corde et on garde le réglage de l’ancienne.

La cordelette usée enfin. Une cordelette qui a servi de nombreuses fois se lisse, ses fibres se tassent, et elle mord moins. Elle se remplace, et ce n’est pas cher.

Reste le rappel classique : un autobloquant est une sécurité, pas un système d’assurage. Il ne remplace ni le contrôle du relais, ni les nœuds en bout de corde, ni la vérification croisée avant de partir.

Comment remonter sur une corde avec des autobloquants ?

C’est l’autre usage de ces nœuds, et il vaut la peine d’être connu même si l’on ne pratique pas la grande voie : c’est la manœuvre de secours quand on se retrouve suspendu sans pouvoir remonter à la force des bras.

Le principe repose sur deux autobloquants placés l’un au-dessus de l’autre sur la corde. Le premier, relié au baudrier, porte le poids. Le second, plus haut, porte une pédale dans laquelle on met le pied. On charge alternativement l’un puis l’autre : on se tient debout dans la pédale, ce qui décharge le nœud du bas et permet de le remonter, puis on se rassoit dans le baudrier, ce qui décharge le nœud du haut.

Chaque cycle fait gagner la longueur d’une jambe, soit quarante à cinquante centimètres. Le calcul est parlant : remonter cinq mètres demande une dizaine de cycles, et remonter une longueur de trente mètres en demande plus de soixante. C’est faisable, c’est long, et c’est très fatigant. C’est aussi la raison pour laquelle on préfère toujours descendre plutôt que remonter.

Pour cet usage, le prusik est le bon choix, puisqu’il bloque dans les deux sens et ne risque pas de céder si l’on charge de travers. C’est exactement la situation inverse du rappel.

Questions fréquentes

Quel diamètre de cordelette pour un machard ?

Nettement inférieur à celui de la corde, faute de quoi le nœud ne mord pas. Le principe général retenu par les documents de référence est de tenir compte du diamètre respectif des deux cordages, et de valider le couple par un test réel plutôt que par une règle unique.

Combien de tours faut-il faire ?

Trois à cinq selon la souplesse de la cordelette et l’état de la corde. Le nombre juste est celui qui bloque sous le poids du corps et se desserre encore à la main une fois déchargé.

Peut-on faire un autobloquant avec une sangle ?

La géométrie du nœud suppose un cordage rond. Une sangle plate ne s’enroule pas de la même façon et le blocage devient aléatoire. Ce n’est pas l’usage prévu.

Faut-il placer l’autobloquant au-dessus ou en dessous du descendeur ?

En dessous, sur la boucle de cuisse. Placé au-dessus, il vient au contact du descendeur sous charge, se déverrouille et cesse de bloquer, ce qui est exactement le contraire de l’effet recherché.

Un autobloquant abîme-t-il la corde ?

C’est la cordelette qui s’use en premier, par frottement et par échauffement lors d’un glissement. Une cordelette qui a bloqué une chute réelle se change, et l’on regarde la corde à cet endroit avant de repartir.

Sources

Wikipédia, nœuds autobloquants et perte de résistance selon le nœud : fr.wikipedia.org/wiki/N%C5%93ud_(lien)

Wikipédia, norme EN 892 et force de choc des cordes dynamiques : fr.wikipedia.org/wiki/Corde_dynamique

Les valeurs de perte de résistance citées sont des ordres de grandeur documentés pour une corde donnée, et non des mesures faites sur un matériel particulier. Le montage d’un autobloquant s’apprend encadré, avec un moniteur ou en club.