En grimpant, l’assureur, la corde et le point du dessus rattrapent bien des fautes. En rappel, aucun de ces filets n’existe : le système est monté seul, le relais jugé seul, la longueur de corde estimée seule. Les erreurs de la descente en rappel les plus coûteuses se commettent à l’arrêt, au relais, loin de la pente qui les fait payer. Quelques secondes de précipitation, une cordée qui attend derrière, et la manœuvre de routine devient un accident.
En bref
- Les erreurs de rappel les plus lourdes de conséquences sont de descendre sans nœud au bout des brins sur une corde trop courte, de se passer d’autobloquant, de manœuvrer au relais sans être longé, de mal serrer le nœud de jonction et de se fier à un ancrage non vérifié.
- Un nœud sur chacun des brins est conseillé en rappel, surtout si la longueur du rappel suivant est incertaine, si la visibilité manque ou si l’on doute de l’emplacement du relais ; la FFME en fait « un principe de sécurité de base ».
- Un nœud de huit mal serré bascule dès 0,6 à 1,2 kN, charge du même ordre que le poids d’un adulte, contre 3 à 5 kN bien serré.
- Emporter 5 m de corde de plus que la longueur préconisée est suggéré, et ces techniques demandent une formation validée par un professionnel avant toute pratique en autonomie.
Quelles erreurs de descente en rappel coûtent le plus cher ?
Six erreurs ressortent des consignes techniques d’un fabricant de matériel d’escalade et des lettres de prévention de la Fédération française de la montagne et de l’escalade (FFME). Chacune a sa parade documentée.
| Erreur | Ce qu’elle provoque | Parade |
|---|---|---|
| Pas de nœud au bout des brins, corde trop courte | Cause de nombreux accidents en moulinette comme en rappel | Un nœud sur chacun des brins ; 5 m de corde en plus de la longueur préconisée |
| Pas d’autobloquant | Impossible de retenir le descendeur qui doit lâcher les mains (chute de pierres, nœud sur la corde) | Autobloquant installé avant le descendeur, fixé par une tête d’alouette sur l’anneau d’assurage du harnais |
| Manœuvres au relais sans être longé | Aucune protection pendant l’installation | Toutes les manœuvres au relais s’effectuent longé |
| Brins non fixés au relais | Cordes perdues, descente du second compromise | Fixer les deux brins sur le relais avant de les libérer |
| Nœud de jonction mal serré | Le nœud bascule sous une faible charge | Serrer chacun des quatre brins, laisser au moins 30 cm de queue |
| Ancrage usé ou unique | Résistance réduite, parfois sans signe visible | Vérifier, doubler ou renoncer ; ne jamais se fier à un ancrage unique |
La nomenclature des causes d’accident de la FFME range d’ailleurs la « corde non égalisée en rappel », c’est-à-dire des brins de longueurs inégales au moment de la descente, parmi les erreurs techniques.
Pourquoi le nœud au bout des brins protège-t-il d’une corde trop courte ?
Parce qu’il arrête le descendeur avant que la corde ne lui échappe : sans nœud, un brin qui n’atteint pas le relais suivant se quitte par l’extrémité. Doubler une corde dans le relais divise sa longueur utile par deux, et les nœuds comme la boucle du relais en consomment encore un peu : une corde de 60 m ne donne donc jamais 30 m de rappel complets.
La corde trop courte est citée parmi les causes de nombreux accidents, en moulinette comme en descente en rappel. En rappel, le fabricant conseille un nœud sur chacun des brins quand la longueur du rappel suivant est incertaine, quand la visibilité manque ou quand l’emplacement du relais suivant fait douter ; rappel long, mauvaise visibilité et fatigue pèsent dans la décision.
La FFME rapporte un cas précis dans sa lettre d’octobre 2025. Quatre cordées attendaient leur tour, un grimpeur a commencé à redescendre en moulinette dans la hâte, sans nœud en bout de corde, et c’est un grimpeur en attente qui a demandé si le nœud était fait. La grimpeuse blessée est allée faire le nœud en urgence et a constaté que la corde n’était pas assez longue : l’assureur a pu réduire la distance en avançant sur le départ de la voie, une plateforme de 4 m. La fédération en tire que les situations d’urgence favorisent les oublis et que le nœud en bout de corde est un principe de sécurité de base. Une décision de justice commentée dans sa lettre de novembre 2023 va dans le même sens : l’accident ne serait pas arrivé si le grimpeur et son assureur avaient respecté la règle de toujours réaliser le nœud en bout de corde.
Dans quel ordre monter l’autobloquant et le descendeur ?
L’autobloquant se monte avant le descendeur : cet ordre libère du mou de corde et facilite l’installation du descendeur. L’autobloquant retient celui qui descend s’il doit lâcher les mains (chute de pierres, nœud sur la corde) ; pour le nœud lui-même, voir le machard en escalade.
La séquence décrite par le fabricant, à valider avec un professionnel avant de la reproduire seul :
- Se longer, puis installer la corde dans le relais, avec un nœud en bout de corde selon la situation.
- Installer l’autobloquant et le fixer par une tête d’alouette à l’anneau d’assurage du harnais, pour qu’on ne puisse pas le perdre.
- Installer le descendeur en passant les deux brins et en verrouillant le mousqueton, puis récupérer le mou entre le descendeur et le relais, et entre le descendeur et l’autobloquant.
- Retirer la longe du relais seulement à ce moment : le grimpeur est prêt à descendre.
- Au relais suivant, fixer les deux brins avant de libérer la corde, retirer les nœuds de bout de corde si nécessaire pour passer le brin à tirer dans le maillon, et vérifier la présence des nœuds d’arrêt avant le rappel suivant.
Un nœud de jonction mal serré peut-il lâcher ?
Oui : un nœud de huit mal serré commence à basculer entre 0,6 et 1,2 kN, une charge du même ordre que le poids d’un adulte, alors qu’il faut 3 à 5 kN lorsqu’il est bien serré. Ces valeurs viennent d’essais du fabricant en traction lente sur deux cordes neuves de 7,7 mm, avec 30 cm de queue, cinq essais par configuration.
| Nœud de jonction | Premier basculement, nœud bien serré | Particularité |
|---|---|---|
| Nœud plat | Entre 4 et 7 kN | Facile à défaire, peu de risque de coincement ; bascule vers 3 kN sur des cordes de diamètres différents |
| Nœud de huit | Entre 3 et 5 kN (0,6 à 1,2 kN mal serré) | Le basculement consomme les queues, le nœud peut se défaire ; ne convient pas à des diamètres différents |
| Nœud plat avec nœud d’arrêt | Ne bascule pas | Convient à des diamètres différents ; risque un peu plus élevé de coincement au moment de rappeler la corde |
Tirer simplement sur les deux brins de chaque côté ne suffit pas : les quatre brins se serrent un à un.
Que contrôler sur un relais avant de s’y confier ?
Les ancrages en place peuvent être usés, corrodés, fragilisés ou desserrés : il est recommandé de vérifier leur état ou de les tester, de remplacer ou doubler l’ancrage en cas de doute, et il est déconseillé de s’assurer sur un ancrage unique. Si tous les ancrages d’une voie sont usés, il peut être préférable de renoncer et de prévenir l’organisation référente ou le responsable de l’équipement.
Trois zones se regardent de près :
- le point de friction de la corde, par exemple dans un maillon de rappel, où une usure marquée peut réduire significativement la résistance de l’ancrage ;
- les plaquettes et pitons dont les bords présentent des bavures, qui peuvent endommager une sangle ou une cordelette : en cas de doute, mieux vaut passer par un mousqueton ;
- la plaquette dont l’alignement a bougé, l’écrou desserré ou l’ancrage collé descellé : sans outil pour le resserrer, on ne l’utilise pas, ou on le double.
Les cordelettes et sangles laissées en place s’inspectent entièrement, nœud compris, y compris les parties masquées par le rocher. Si une cordée précédente a rappelé sans protéger la cordelette, ou si une pierre est tombée au mauvais endroit, sa résistance peut être considérablement altérée : en cas de doute, on la coupe et on la remplace. Enfin, plusieurs cordes coupées sont recensées chaque année, par des arêtes tranchantes, des chutes de pierres ou des mousquetons laissés à demeure et usés.
Questions fréquentes
Peut-on rappeler deux cordes de diamètres différents ?
Oui, mais ce cas fait partie des situations qui exigent des précautions particulières, par exemple une corde dynamique et une cordelette. Le choix du nœud de jonction compte : le nœud plat bascule vers 3 kN et le nœud de huit vers 1,5 kN avec des diamètres différents, alors que le nœud plat avec nœud d’arrêt ne bascule pas.
Faut-il défaire les nœuds de bout de corde au relais ?
Oui, si nécessaire, pour passer le brin à tirer dans le maillon au rappel suivant. Il faut ensuite penser à vérifier que les nœuds d’arrêt sont bien présents avant que le premier ne descende.
Que faire des sangles et cordelettes trouvées au relais ?
Les inspecter en entier, nœud compris, et les remplacer au moindre doute. Il est aussi demandé de ne pas abandonner sur place les cordelettes et sangles usagées : on les redescend pour les recycler.
Que faire si l’on se retrouve en butée sur le nœud de bout de brin ?
Le nœud a joué son rôle : on est arrêté avant de quitter la corde. Il faut alors une technique de remontée sur corde, à connaître à l’avance et à faire valider par un professionnel.
Où apprendre les gestes du rappel ?
Auprès d’un moniteur ou d’un diplômé d’État en escalade : le fabricant précise que ces techniques nécessitent une formation et un entraînement spécifiques.
Sources
Sources consultées le 23 octobre 2026, présentées sans liens cliquables.
- Fédération française de la montagne et de l’escalade (FFME), « Lettre prévention sécurité n° 10 », novembre 2023. https://www.ffme.fr/wp-content/uploads/2023/11/Lettre-prevention-securite-10-Novembre-2023-1.pdf
- Fédération française de la montagne et de l’escalade (FFME), « Lettre prévention sécurité n° 13 », octobre 2025. https://www.ffme.fr/wp-content/uploads/2025/10/251007_LETTRE-PREVENTION-SECURITE-SEPT-2025.pdf
- Petzl, « Descendre en rappel », conseils techniques. https://www.petzl.com/FR/fr/Sport/Descendre-en-rappel
- Petzl, « Corde trop courte : attention danger ! », conseils techniques. https://www.petzl.com/FR/fr/Sport/Corde-trop-courte---attention-danger--
- Petzl, « Knot for joining rappel ropes », tech tips. https://www.petzl.com/INT/en/Sport/Knot-for-joining-rappel-ropes
- Petzl, « Vérification des ancrages sur rocher, glace ou mixte », conseils techniques. https://www.petzl.com/fr/fr/sport/conseils-techniques/les-basiques/verification-des-ancrages-sur-rocher-glace-ou-mixte./Verification-des-ancrages-sur-rocher--glace-ou-mix_SPO_a77bK000007PH4rQAG.html
- Petzl, « Principaux dangers lors de l’utilisation d’une corde », conseils techniques. https://www.petzl.com/fr/fr/sport/conseils-techniques/les-basiques/principaux-dangers-lors-de-lutilisation-dune-corde/CORDES-dangers_SPO_a77w0000000KywAAAS.html


