Descente en rappel : quelles erreurs coûtent le plus cher ?

Mis à jour le 10 septembre 2026

Le rappel est le moment où la sécurité repose entièrement sur soi. En grimpant, une erreur est rattrapée par l’assureur, par la corde, par le point du dessus. En rappel, il n’y a plus de filet : on descend sur un système que l’on a monté seul, sur un relais que l’on a jugé seul, avec une corde dont on a estimé la longueur seul.

C’est pour cette raison que les erreurs de rappel se paient plus cher que les autres, alors qu’elles sont peu nombreuses et parfaitement identifiées. Elles tiennent en cinq points, et quatre d’entre eux se règlent avant même de se mettre dans la pente. Voici lesquelles, avec le calcul de longueur qui évite la plus classique.

En bref

  • La faute la plus fréquente est de sortir des brins parce qu’ils n’atteignent pas le relais suivant.
  • Deux nœuds d’arrêt en bout de corde, un par brin, suppriment ce risque à eux seuls.
  • Une corde de 60 m ne donne pas 30 m de rappel utile mais environ 28 m, une fois les nœuds et la boucle du relais déduits.
  • L’autobloquant sur la cuisse libère les mains et transforme une perte de contrôle en simple arrêt.
  • Le contrôle du relais passe avant tout le reste : deux points reliés, une sangle en bon état, un maillon qui n’est pas usé jusqu’à la moitié.
  • Le rappel se prépare toujours à deux, chacun vérifiant le montage de l’autre.

Pourquoi la longueur de corde est-elle la première erreur ?

Parce que le calcul est simple mais qu’il ne se fait pas au bon moment. Une corde de rappel se plie en deux : sa longueur utile est la moitié de sa longueur totale. Une corde de 60 m donne donc 30 m théoriques.

Ces 30 m ne sont pas disponibles. Il faut retirer la corde consommée par la boucle qui passe dans le relais, entre 30 et 60 cm, et surtout la longueur mangée par les deux nœuds d’arrêt en bout de brin, environ 40 cm par nœud sur une corde de 9 à 10 mm. Le compte réel tombe autour de 28 m.

Corde Rappel théorique Rappel réellement utilisable Longueur de relais annoncée à ne pas dépasser
50 m 25 m environ 23 m 20 m
60 m 30 m environ 28 m 25 m
70 m 35 m environ 33 m 30 m
80 m 40 m environ 38 m 35 m

La dernière colonne mérite une explication. Un topo qui annonce un rappel de 30 m décrit une distance mesurée entre deux relais, pas la longueur de corde nécessaire. Le brin ne descend jamais parfaitement à la verticale : il suit la paroi, contourne un ressaut, et cette sinuosité ajoute plusieurs mètres. Garder deux à trois mètres de marge sur le chiffre du topo est une règle de prudence, pas un excès.

Cette arithmétique explique pourquoi une corde de 70 m est devenue la norme dans beaucoup de secteurs équipés récemment : les longueurs y ont été tracées pour des cordes de 60 m, et la marge réelle est mince.

Quel rôle jouent les nœuds en bout de corde ?

Ils ne servent pas à rattraper une erreur d’appréciation, ils servent à la rendre inoffensive. Si les brins n’atteignent pas le relais suivant, le descendeur arrive en butée sur le nœud et le rappel s’arrête. On remonte, on cherche un relais intermédiaire, on recommence. Sans nœud, le descendeur sort du brin.

Il faut deux nœuds, un par brin, et jamais un seul nœud reliant les deux brins ensemble. Un nœud unique transforme la corde en boucle fermée, ce qui rend le rappel du brin impossible depuis le bas et peut coincer l’ensemble.

Un nœud de huit ou un double nœud simple conviennent tous les deux. Ce qui compte est le volume : le nœud doit être assez gros pour ne pas passer dans le descendeur, ce qui exclut un nœud simple sur une corde fine.

Un cas particulier justifie de ne pas faire les nœuds : un rappel en grande longueur dans le vent fort, ou dans un terrain très végétalisé où les nœuds s’accrochent systématiquement. Dans ce cas, on remplace la sécurité par une autre : on prend l’extrémité des brins avec soi, ou on descend en gardant les bouts en main.

À quoi sert l’autobloquant, et où le placer ?

L’autobloquant est le seul dispositif qui protège d’une perte de contrôle en cours de descente : une pierre qui tombe, un malaise, une main brûlée par un brin qui file. Sans lui, lâcher la corde signifie tomber.

Il se place sous le descendeur, sur la boucle de cuisse du baudrier, et non au-dessus sur la longe. Placé au-dessus, il se retrouve plaqué contre le descendeur en cas de charge, il se déverrouille et ne bloque plus. Placé en dessous, il travaille dans le bon sens et se desserre à la main.

Le nœud utilisé est un autobloquant sur cordelette, du type machard ou machard tressé. Il doit être fait sur une cordelette d’un diamètre nettement inférieur à celui de la corde, sinon il glisse. Trois à cinq tours selon la souplesse de la cordelette.

Un contrôle simple avant de partir : on met tout son poids sur le système, main lâchée. Si l’on descend, l’autobloquant ne bloque pas et il faut ajouter un tour.

Comment contrôler un relais en trente secondes ?

Le relais est le seul élément que l’on n’a pas monté soi-même. Trois choses se regardent.

Le nombre de points d’abord. Un relais de rappel repose sur deux points reliés entre eux. Un point unique, même massif, ne se contrôle pas de l’extérieur : la partie scellée dans le rocher est invisible.

L’état de la liaison ensuite. Les sangles laissées en place vieillissent aux ultraviolets et se délavent. Une sangle décolorée, raide au toucher ou pelucheuse est une sangle à doubler avec la sienne. C’est le seul cas où abandonner du matériel personnel est une évidence.

Le maillon enfin. Un maillon rapide ou un anneau de rappel s’use là où la corde frotte, et cette usure crée une gorge. Quand la gorge dépasse le tiers du diamètre, le maillon doit être doublé. Un maillon usé à moitié n’a plus qu’une fraction de sa résistance d’origine, et cette usure est toujours du même côté, celui du frottement.

Que dit la norme sur ce que la corde encaisse ?

La norme EN 892 encadre les cordes dynamiques. Une corde à simple doit tenir au moins cinq chutes de facteur 1,77 avec une masse de 80 kg, et sa force de choc à la première chute ne doit pas dépasser 12 kN. Pour une corde à double, l’essai se fait avec 55 kg sur un seul brin et le plafond est de 8 kN.

Ces chiffres décrivent une chute, pas un rappel. En rappel, la corde subit une charge statique, celle du poids du corps, soit moins d’un kilonewton pour la plupart des gens. La corde n’est donc jamais le maillon faible d’un rappel.

Ce qui la met en danger, c’est autre chose : le frottement sur une arête vive, qui coupe la gaine, et la chaleur. Un descendeur qui a servi à freiner une longue descente rapide peut monter à des températures qui abîment la gaine, et c’est l’une des raisons pour lesquelles un rappel se fait lentement et régulièrement plutôt que par à-coups.

Dans quel ordre faire les choses ?

L’ordre supprime la moitié des erreurs, parce qu’il empêche de se retrouver sans protection à un moment quelconque.

On arrive au relais et on se longe immédiatement, avant tout le reste. On installe ensuite la corde dans le relais, on égalise les deux brins en repérant le milieu, on fait les deux nœuds d’arrêt et on jette. On monte le descendeur et l’autobloquant, on vérifie le montage de son compagnon, on met en tension, on contrôle que tout tient, et seulement alors on se délonge.

Le premier qui descend emporte de quoi remonter si les brins n’atteignent pas le relais suivant : un autobloquant supplémentaire suffit. Le dernier vérifie que la corde coulisse dans le relais avant de partir, en tirant sur le brin de rappel.

Questions fréquentes

Faut-il faire un nœud reliant les deux brins ?

Non. Deux nœuds séparés, un par brin. Un nœud commun ferme la boucle et empêche de récupérer la corde depuis le bas, ce qui transforme une petite erreur en situation bloquée.

Peut-on descendre en rappel sur un seul brin ?

Sur un brin unique fixé au relais, oui, mais la corde ne peut alors plus être récupérée depuis le bas. Cette configuration ne se justifie que si l’on remonte par le même chemin, ou en cas de secours.

Comment repérer le milieu de la corde ?

La plupart des cordes portent un marquage au milieu, imprimé ou tissé. Ce marquage s’efface avec l’usage et se décale quand la corde raccourcit après un coupage de bout abîmé. Le seul repère fiable reste de faire coïncider les deux extrémités, ce qui suppose de les avoir en main.

L’autobloquant peut-il se bloquer trop fort ?

Oui, s’il comporte trop de tours ou si la cordelette est trop fine par rapport à la corde. Il faut alors décharger le système pour le débloquer, ce qui n’est pas simple en pleine paroi. Le réglage se teste au sol, une fois, avec la corde et la cordelette que l’on utilise réellement.

Que faire si la corde coince au rappel ?

On tire alternativement sur les deux brins, on change d’angle en s’écartant latéralement, et on essaie depuis un autre point. Si rien ne vient, remonter sur un brin bloqué est une manœuvre engagée qui suppose un autobloquant et de la marge. Mieux vaut prévenir : le nœud de liaison des brins se place du bon côté du relais, et l’on vérifie que la corde coulisse avant de descendre.

Sources

Wikipédia, norme EN 892, force de choc et essais des cordes dynamiques : fr.wikipedia.org/wiki/Corde_dynamique

Wikipédia, descente en rappel, principe et matériel : fr.wikipedia.org/wiki/Descente_en_rappel

Les longueurs utilisables données dans le tableau sont des ordres de grandeur calculés sur des cordes de 9 à 10 mm. Le rappel est une manœuvre qui s’apprend encadré, avec un moniteur ou en club, pas dans un article.