Mis à jour le 14 septembre 2026
Le mal des montagnes se raconte souvent comme une affaire d’expédition, quelque chose qui arrive au-dessus de cinq mille mètres, très loin. Dans les faits, il se déclenche beaucoup plus bas, il touche des gens en excellente forme physique, et il n’a pas grand-chose à voir avec l’entraînement. Un randonneur qui monte trop vite à trois mille mètres dans les Alpes est exactement dans la situation décrite par ceux qui l’observent sur le terrain.
La question utile n’est donc pas de savoir si l’on est assez costaud, mais à partir de quelle altitude, à quelle vitesse d’ascension, et à quels signes on doit s’arrêter. Voici les repères, et le calcul de nuits d’acclimatation qui explique pourquoi tant de courses classiques se font dans de mauvaises conditions.
En bref
- 70 % des prétendants au Mont Blanc présentent des symptômes de mal aigu des montagnes.
- Au sommet du Mont Blanc, la pression partielle d’oxygène a chuté de 46 % par rapport au niveau de la mer. Au sommet du Buet, à 3 096 m, elle a déjà baissé de 30 %.
- Le mal des montagnes n’est pas réservé aux expéditions : des cas de stade 2 sont observés dès 3 000 m, et certaines personnes vomissent systématiquement à 2 500 m.
- Il faut au minimum 24 heures pour que les mécanismes adaptatifs se mettent en place. L’augmentation du nombre de globules rouges, elle, ne se fait pas avant 8 jours.
- La règle d’ascension : au-dessus de 3 000 m, ne pas dépasser 400 m de dénivelé entre deux nuits consécutives.
- La forme physique n’influe pas sur la vitesse d’acclimatation.
Que se passe-t-il physiologiquement en altitude ?
La pression atmosphérique décroît avec l’altitude, et à volume d’air égal il y a donc moins de molécules d’oxygène disponibles. Le chiffre est plus brutal qu’on ne l’imagine : au sommet du Mont Blanc, la pression partielle d’oxygène dans l’air ambiant a chuté de 46 % par rapport au bord de mer. Autrement dit, chaque inspiration apporte à peine plus de la moitié de l’oxygène habituel.
Le corps réagit. Il respire plus vite, il augmente sa fréquence cardiaque, et il finit par fabriquer davantage de globules rouges. C’est la phase d’acclimatation, et elle a un rythme propre qui ne se négocie pas : il faut au minimum 24 heures pour que la ventilation et la fréquence cardiaque s’ajustent, et l’augmentation du nombre de globules rouges ne se fait pas avant huit jours.
Le mal aigu des montagnes est précisément le signe que cette acclimatation est incomplète. Ce n’est pas une maladie qu’on attrape, c’est un décalage entre la vitesse à laquelle on monte et la vitesse à laquelle le corps s’adapte.
Les effets se font sentir bien plus bas qu’on ne le croit : ils sont perceptibles sur la performance maximale dès 1 000 m d’altitude, et à 4 800 m la consommation maximale d’oxygène a baissé de 30 %.
À partir de quelle altitude faut-il s’en méfier ?
Il n’y a pas de seuil net, et c’est précisément le piège. Des cas de mal aigu des montagnes de stade 2 ont été observés à 3 000 m, et il existe des personnes qui vomissent systématiquement à partir de 2 500 m, avec une régularité telle que leurs compagnons de course n’ont plus besoin d’altimètre.
Le chiffre le plus parlant concerne la course la plus fréquentée des Alpes : 70 % des prétendants au Mont Blanc présentent des symptômes de mal aigu des montagnes. Sept personnes sur dix, sur un sommet qui n’a rien d’himalayen.
Autrement dit, le mal des montagnes n’est pas réservé aux alpinistes des Andes ou de l’Himalaya. Il concerne le randonneur qui prend un téléphérique le matin, l’alpiniste qui monte au refuge l’après-midi, et le trekkeur qui enchaîne deux cols.
Combien de nuits faut-il pour s’acclimater ?
La règle prudente est simple à énoncer : au-dessus de 3 000 m, il ne faut pas dépasser 400 mètres de dénivelé entre deux nuits consécutives. On peut monter beaucoup plus haut dans la journée, ce qui aide même l’acclimatation, à condition de redescendre dormir plus bas.
Voici le calcul que cette règle implique, et il explique beaucoup de choses.
Pour passer d’une nuit à 3 000 m à un sommet à 4 810 m, il faut couvrir 1 810 mètres. À 400 mètres de gain d’altitude de couchage par nuit, cela représente cinq nuits. En partant de 2 500 m, il en faut six. Or la plupart des ascensions du Mont Blanc se font en deux jours depuis la vallée, avec une seule nuit en refuge.
| Profil | Nuits nécessaires à 400 m par nuit | Ce qui se pratique réellement |
|---|---|---|
| De 2 500 m à 4 810 m | 6 nuits | 1 à 2 nuits |
| De 3 000 m à 4 810 m | 5 nuits | 1 nuit en refuge |
| De 3 000 m à 4 000 m | 3 nuits | Souvent le jour même |
Le programme habituel est donc incompatible avec la physiologie, et cela n’a rien à voir avec la condition physique de ceux qui le suivent. Le chiffre de 70 % de symptômes au Mont Blanc en découle directement.
Un second calcul complète le premier. L’augmentation du nombre de globules rouges demande huit jours. Un séjour de trois jours en altitude ne bénéficie donc jamais de ce mécanisme : tout repose sur la ventilation et sur le cœur, c’est-à-dire sur les 24 premières heures.
Quels signes doivent faire redescendre ?
Il faut retenir un principe avant la liste : il n’y a pas de chronologie obligatoire dans l’apparition des symptômes. On peut passer d’un simple mal de tête à des vertiges invalidants sans étape intermédiaire, et un œdème peut survenir chez quelqu’un qui semblait parfaitement acclimaté.
| Signe | Ce que cela évoque | Conduite |
|---|---|---|
| Mal de tête léger | Acclimatation en cours | S’hydrater, ne pas monter dormir plus haut |
| Mal de tête, nausées, fatigue | Mal aigu des montagnes constitué | Rester à la même altitude de couchage |
| Toux sèche, puis bronches encombrées | Début d’œdème pulmonaire | Perdre de l’altitude, alerter |
| Crachats en mousse rosée | Œdème pulmonaire installé | Urgence vitale, secours immédiats |
| Vertiges, vomissements, comportement inhabituel | Œdème cérébral | Urgence vitale, secours immédiats |
L’œdème pulmonaire de haute altitude est le plus sournois. Il survient souvent en fin de nuit, généralement trois ou quatre jours après l’arrivée en altitude, et il commence par une toux sèche que l’on attribue à l’air sec ou à un rhume. La suite ressemble à une bronchite, puis les crachats deviennent mousseux et rosés : le sang traverse les alvéoles pulmonaires. Dans les Alpes, on appelle les secours et l’on perd de l’altitude si c’est possible.
L’œdème cérébral, lui, se voit dans le comportement : vertiges, vomissements, mal de tête, attitude qui sort de l’ordinaire. En altitude, toute personne qui se comporte bizarrement doit faire penser à cela, parce que la conséquence immédiate est une décision inappropriée ou une chute.
Des œdèmes localisés peuvent aussi apparaître aux chevilles, aux mains et au visage. Les femmes y sont plus sensibles que les hommes.
La forme physique protège-t-elle ?
Non, et c’est l’idée fausse la plus répandue. La forme physique n’influe pas sur la vitesse d’acclimatation. Un guide de haute montagne a déclenché un œdème pulmonaire en passant du niveau de la mer à 4 500 m en deux jours, dans le cadre d’une étude médicale.
L’explication tient à ce qui est mesuré. L’acclimatation dépend de la réponse ventilatoire et rénale à l’hypoxie, pas de la capacité aérobie. Un sportif entraîné n’a aucun avantage sur ce terrain, et il a même un désavantage pratique : il monte plus vite, donc il s’expose davantage.
Deux comportements aggravent nettement le risque. L’alcool, les myorelaxants et les somnifères ont un effet dépresseur sur la ventilation et potentialisent donc les effets du mal des montagnes : ils sont à éviter tant qu’on n’est pas acclimaté. Et la vitesse, qui est devenue la norme : durée du congé, météo, coût d’un séjour poussent tous à monter plus vite que de raison.
À l’inverse, une bonne hydratation est primordiale pendant la phase d’acclimatation. Elle ne protège pas du mal des montagnes, mais la déshydratation aggrave systématiquement les maux de tête.
Que penser du Diamox ?
L’acétazolamide, commercialisé sous le nom de Diamox, est un principe actif qui traite au départ le glaucome et qui combat, ou masque, souvent avec succès les effets du mal des montagnes.
La distinction qui compte est celle entre l’avoir dans sa pharmacie et le prendre en préventif. Avoir une plaquette au cas où est prudent. En prendre systématiquement pour réussir un sommet pose une question différente, et elle est débattue dans le milieu : il est concevable d’y recourir quand on a des antécédents de mal des montagnes sévère, ou quand on arrive en avion directement à 4 000 m. En prendre pour réussir un quatre mille alpin relève d’un autre registre.
Il faut ajouter un risque pratique peu évoqué : un membre de cordée qui en prend discrètement monte plus vite que les autres, ce qui peut provoquer un mal des montagnes chez ses compagnons qui essaient de suivre le rythme.
Dans tous les cas, la question relève d’un avis médical, en fonction du profil d’ascension prévu et des antécédents.
Questions fréquentes
Le mal de tête d’altitude se distingue-t-il d’un mal de tête ordinaire ?
Il apparaît après l’arrivée en altitude, s’aggrave la nuit et en position allongée, et cède quand on redescend. Ce dernier point est le plus discriminant : un symptôme qui disparaît en perdant quelques centaines de mètres était bien lié à l’altitude.
Peut-on continuer à monter avec un léger mal de tête ?
On peut rester à la même altitude de couchage, on ne monte pas dormir plus haut. Rester une nuit de plus au même endroit laisse le temps aux mécanismes de se mettre en place, et le symptôme disparaît souvent d’une nuit à l’autre.
Faut-il dormir seul en altitude ?
Non, et c’est une précaution qui a du sens. L’œdème pulmonaire survient souvent en fin de nuit et peut évoluer très vite. Des personnes ont été retrouvées mortes dans leur tente au matin alors que tout allait bien la veille.
Monter haut dans la journée aide-t-il ?
Oui, à condition de redescendre dormir plus bas. C’est le principe de l’acclimatation active : ce qui compte est l’altitude de couchage, pas l’altitude atteinte dans la journée.
Boire beaucoup empêche-t-il le mal des montagnes ?
Non. Une bonne hydratation est primordiale pendant l’acclimatation, mais elle ne remplace pas la lenteur de l’ascension. C’est une hygiène, pas une prévention.
Sources
Altitude Rando, mal aigu des montagnes, chiffres de pression partielle, règle des 400 m et signes des œdèmes de haute altitude : altituderando.com/Le-mal-aigu-des-montagnes-ou-MAM-explications-et-comment-l-eviter
Cet article résume des repères de terrain et ne constitue pas un avis médical. Un projet en altitude avec un antécédent cardiaque, respiratoire ou un traitement en cours se prépare avec un médecin, et tout signe neurologique ou respiratoire en altitude impose la descente sans attendre.