On se représente volontiers le mal des montagnes comme un fléau d’expédition, réservé aux sommets himalayens et aux alpinistes d’exception. La réalité est plus banale : il guette aussi le randonneur qui prend le téléphérique le matin pour dormir en refuge le soir, et la forme physique n’y change presque rien. Savoir à partir de quelle altitude le mal des montagnes se déclenche, et à quels signes il se reconnaît, évite de prendre pour un simple mal de tête le début d’un accident sérieux.
En bref
- Le mal aigu des montagnes peut apparaître dès 2 000 m d’altitude et se manifeste le plus souvent 4 à 8 heures après l’arrivée en altitude, par un mal de tête associé à des insomnies, une perte d’appétit, des nausées, de la fatigue ou des vertiges.
- La fréquence grimpe avec l’altitude : environ 25 % des personnes montées à 2 500 m et 40 % de celles montées à 4 340 m présentent une forme de mal des montagnes.
- Un essoufflement au repos, une toux sèche, des crachats mousseux ou roses, des vomissements, un mal de tête que l’aspirine ne calme plus ou un comportement inhabituel imposent de redescendre sans attendre et d’alerter les secours par le 18 ou le 112.
- Pour l’éviter, il faut monter lentement et surveiller l’altitude où l’on dort : l’écart conseillé entre deux nuits va de 400 m en moyenne à 500 m selon les recommandations.
- La condition physique ne protège contre aucune forme aiguë du mal des montagnes.
À partir de quelle altitude le mal des montagnes apparaît-il ?
Les recommandations médicales n’arrêtent pas toutes le même seuil, mais elles se rejoignent autour de 2 000 à 2 500 m. Le mal aigu des montagnes peut survenir dès 2 000 m d’altitude. Il ne se développe généralement pas sous 2 400 m environ, sauf chez les personnes très sensibles. Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères retient le même ordre de grandeur : les excursions et randonnées en altitude supérieure à 2 500 m doivent faire l’objet d’un avis médical spécialisé avant le départ.
À mesure que l’on monte, la proportion de personnes touchées augmente. Environ 25 % des personnes qui montent à 2 500 m et 40 % de celles qui montent à 4 340 m présentent une forme quelconque de mal des montagnes. Au-dessus de 3 500 m, la commission médicale de la FFME compte une personne sur deux atteinte d’un mal aigu bénin et une sur cent de complications graves, œdème pulmonaire ou œdème cérébral.
Les facteurs de risque sont une ascension trop haute et trop rapide, l’effort excessif, un sommeil à altitude trop élevée et des antécédents de mal des montagnes. L’altitude à laquelle on dort compte davantage que l’altitude maximale atteinte dans la journée.
Quels signes annoncent le mal aigu des montagnes ?
Le premier signe est un mal de tête, présent dans 96 % des cas, souvent accompagné d’insomnies (70 % des cas), d’une perte d’appétit (38 %) et de nausées (35 %). S’y ajoutent fréquemment une fatigue, un essoufflement au repos, parfois des vertiges ou des œdèmes localisés aux yeux, au visage, aux mains et aux chevilles. Les troubles apparaissent 4 à 8 heures après l’arrivée en altitude, et durent en général un à deux jours.
La commission médicale de la FFME pose un principe : tout malaise ou symptôme en altitude doit d’abord être considéré comme un défaut d’acclimatation. Elle propose un score pour décider de la conduite.
| Signes observés | Points |
|---|---|
| Mal de tête, nausées ou perte d’appétit, insomnies, vertiges ou sensation de tête dans du coton | 1 point chacun |
| Mal de tête qui ne cède pas à 1 g d’aspirine, vomissements | 2 points chacun |
| Essoufflement au repos, fatigue anormalement importante, baisse du volume des urines | 3 points chacun |
Un total de 1 à 3 points correspond à un mal des montagnes léger, de 4 à 6 points à un mal modéré (repos, arrêt de la progression), et au-delà de 6 points à un mal sévère qui impose la descente ou le caisson hyperbare.
Quels signes imposent de redescendre tout de suite ?
Deux complications mettent la vie en danger et ne se traitent pas sur place : l’œdème pulmonaire et l’œdème cérébral de haute altitude. Le meilleur traitement de toutes les formes aiguës est la descente.
L’œdème pulmonaire se reconnaît à une sensation d’étouffement, une respiration bruyante, des lèvres et des oreilles bleues, des crachats mousseux ou roses. Il survient souvent la nuit, parfois après une toux sèche prise pour une bronchite. Il se développe généralement entre 24 et 96 heures après une ascension rapide au-dessus de 2 400 m, et il peut toucher des personnes sans aucun symptôme de mal aigu.
L’œdème cérébral se manifeste par une lassitude extrême, des vomissements parfois en jet, un mal de tête qui n’est plus calmé par l’aspirine, des vertiges, une difficulté à tenir debout, un comportement bizarre, abattement ou agressivité. Le coma peut s’installer rapidement.
La conduite est la même dans les deux cas : redescendre immédiatement, de préférence de 500 à 1 000 m, et alerter les secours au 18 ou au 112, en précisant le lieu exact, l’altitude et l’état de la personne. Un sac hyperbare fait gagner du temps si la descente est impossible, sans la remplacer.
Quelle règle d’ascension suivre pour éviter le mal des montagnes ?
La règle commune est de gagner peu d’altitude de couchage d’une nuit à l’autre, et les recommandations ne fixent pas toutes la même limite.
| Seuil d’altitude | Gain maximal conseillé | Source |
|---|---|---|
| Au-delà de 3 500 m, début de séjour | En moyenne 400 m entre deux nuits | [1] |
| De 1 700 m à 3 500 m | 700 m par jour au plus | [3] |
| Au-delà de 3 500 m | 500 m par jour au plus | [3] |
| Au-dessus de 3 000 m | 500 m par jour au plus pour dormir, avec un jour de repos toutes les 3 ou 4 nuits | [4] |
Ces valeurs se comptent sur l’altitude de sommeil, non sur l’altitude atteinte dans la journée. Il est conseillé de dormir plus bas que le point le plus haut atteint, et de passer deux nuits de suite à la même altitude chaque fois que l’on franchit un nouveau seuil de 1 000 m.
Avec la règle des 400 m en moyenne, passer d’une nuit à 3 500 m à une nuit à 4 700 m (1 200 m à gagner) demande trois nuits. Les sorties en altitude se préparent aussi avec la vitesse de marche en montée, qui varie avec le dénivelé.
La forme physique protège-t-elle du mal des montagnes ?
Non : la condition physique permet de produire de plus gros efforts en altitude, mais elle ne protège contre aucune forme aiguë du mal des montagnes. Ce n’est pas la preuve d’un défaut d’entraînement, seulement le signe d’une acclimatation incomplète.
Plusieurs comportements, en revanche, changent le risque. Ne pas faire d’effort intense pendant un à deux jours après l’arrivée aide à le prévenir. Il faut éviter l’alcool, les opioïdes et les sédatifs, en particulier avant le coucher.
Pour l’eau, boire abondamment facilite l’adaptation : on boit assez pour que les urines restent claires. Les liquides ne traitent pas le mal aigu. En cas d’œdème, s’arrêter de boire ou prendre un diurétique fait partie des idées fausses. Dormir en altitude suppose aussi d’être équipé pour le froid : le choix d’un sac de couchage hivernal relève de cette préparation.
Le Diamox est-il utile pour prévenir le mal des montagnes ?
L’acétazolamide (Diamox) est le seul médicament d’usage simple dont l’efficacité a été réellement prouvée dans la prévention du mal aigu, mais il se prend sur prescription médicale. Son effet principal est d’augmenter la ventilation pulmonaire. Il diminue les symptômes, sans doute sans protéger contre l’œdème pulmonaire ou cérébral.
La commission médicale de la FFME le réserve à deux situations : quand les règles d’acclimatation ne peuvent pas être respectées, par exemple une arrivée en avion à La Paz, à Leh ou à Lhassa, ou une ascension rapide du Kilimandjaro ou de l’Aconcagua ; et chez les personnes ayant des antécédents répétés de mal des montagnes.
Le moment de la prise diffère selon les sources : 24 heures avant l’arrivée à 3 000 m, la nuit précédant l’ascension ou 2 jours avant l’arrivée en haute altitude. Ces écarts et les contre-indications, dont l’allergie aux sulfamides, relèvent du médecin.
Questions fréquentes
Combien de temps durent les symptômes du mal aigu des montagnes ?
Ils durent habituellement 24 à 48 heures pour un mal aigu léger, et deux jours en général selon un autre repère médical. Tous les troubles disparaissent dès la redescente. Un mal aigu qui s’aggrave malgré le traitement ou qui persiste impose de redescendre.
Que prendre contre le mal de tête en altitude ?
La commission médicale de la FFME indique 1 g d’aspirine ou de paracétamol : si les signes s’estompent, on peut continuer, s’ils persistent on s’arrête, s’ils s’aggravent on redescend, sans prendre d’autre médicament. Le paracétamol ou un anti-inflammatoire comme l’ibuprofène est également cité. Un mal de tête que l’aspirine ne calme plus est un signe d’alerte.
L’asthme ou le diabète augmentent-ils le risque de mal des montagnes ?
Non : l’asthme, le diabète, une maladie des artères coronaires ou une bronchopneumopathie chronique obstructive légère n’exposent pas à un risque plus élevé de mal des montagnes. Ces maladies peuvent toutefois poser des difficultés particulières en altitude à cause du faible taux d’oxygène, ce qui justifie l’avis médical avant le départ.
L’acclimatation reste-t-elle acquise après être redescendu ?
Non, elle s’inverse rapidement. Une personne acclimatée qui redescend depuis quelques jours doit de nouveau monter progressivement quand elle remonte.
Une tache aveugle apparue en altitude est-elle un signe grave ?
Elle peut venir d’une hémorragie rétinienne, possible au-dessus de 2 700 m et fréquente au-dessus de 4 800 m. Elle disparaît en quelques semaines, mais on redescend un peu et on se fait examiner avant de remonter.
Sources
Sources consultées le 23 octobre 2026, présentées sans liens cliquables.
- FFME, Commission médicale, « Le Mal Aigu des Montagnes », 2019. https://www.ffme.fr/wp-content/uploads/2019/06/mal-aigu-montagne.pdf
- Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, « La santé en voyage », rubrique Risques liés au milieu naturel. https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/informations-pratiques/preparer-son-depart/la-sante-en-voyage
- Vidal, « Sport : les problèmes liés aux différences de pression », mise à jour du 1er juillet 2022. https://www.vidal.fr/sante/sport/prevenir-sante-sport/sport-problemes-pression.html
- Manuels MSD pour le grand public, « Mal des montagnes », section Lésions et intoxications. https://www.msdmanuals.com/fr/accueil/l%C3%A9sions-et-intoxications/mal-des-montagnes/mal-des-montagnes
- Ministère de l’Intérieur, Ma Sécurité, « Comment bien se préparer à partir en montagne ? », rubrique En cas d’accident. https://www.masecurite.interieur.gouv.fr/fr/actualites/montagne-toute-securite


