Vitesse de marche en randonnée : sur quoi cale-t-on un horaire réaliste ?
Par Pierre · · 7 min de lecture
Mis à jour le 12 septembre 2026
Le topo annonce quatre heures. On part à neuf heures, on compte être rentré pour le déjeuner, et l’on arrive au refuge à seize heures avec la frontale dans le sac au cas où. L’écart ne vient pas de la forme physique, il vient d’une addition mal faite : la distance et le dénivelé ne se cumulent pas, ils se convertissent l’un dans l’autre.
Une règle vieille de plus de cent trente ans donne cette conversion, et elle tient en une ligne. Elle est utilisée en Grande-Bretagne au point d’avoir été reprise dans un texte réglementaire. Voici comment elle marche, ce qu’elle vaut réellement pour un marcheur français, et le calcul qui transforme n’importe quel itinéraire en une distance équivalente à plat.
En bref
- La règle de Naismith, formulée en 1892, prévoit une heure pour 5 km à plat, plus une heure par 600 m de dénivelé positif.
- Formulée autrement : 5 km/h à plat, plus 30 minutes par tranche de 300 m de gain d’altitude.
- L’équivalence de Scarf, calculée à partir des unités d’origine, vaut 7,92 : autrement dit, 1 m de montée coûte le même temps que 8 m de plat.
- Le calcul pratique : distance équivalente = distance + 8 × dénivelé, les deux en kilomètres.
- Naismith décrit un marcheur entraîné. Le rythme usuel en France, autour de 300 m de dénivelé à l’heure, correspond à un marcheur deux fois moins rapide en montée.
- Aucune formule ne tient compte du terrain, de la charge ni de la fatigue de fin de journée.
Que dit exactement la règle de Naismith ?
William Naismith, alpiniste écossais, l’a formulée en 1892 dans la dernière phrase du compte rendu d’une course. Elle tient en une addition : compter une heure par tranche de trois milles sur la carte, soit 5 km, et ajouter une heure par tranche de 2 000 pieds de montée, soit 600 m.
Ces deux chiffres correspondent à une vitesse de base de 5 km/h à plat et à 600 m de dénivelé positif à l’heure en montée pure. Ils décrivent un marcheur en bonne condition, sur bon terrain, sans charge importante.
La formulation la plus commode sur le terrain est celle qui découpe le dénivelé en tranches plus fines : 5 km/h de marche à plat, plus 30 minutes pour chaque gain de 300 mètres. C’est exactement le même contenu que la version d’origine, exprimé autrement, et il se calcule de tête.
Sa fiabilité a été mesurée. Un groupe de randonneurs a comparé pendant des années les temps réels aux prévisions de la règle : elle prédit le temps de randonnée avec une précision de 8,8 % dans 95 % des cas, soit dix-neuf sorties sur vingt.
Comment convertir un dénivelé en distance ?
C’est l’usage le plus intéressant de la règle, et le moins connu. Puisque 5 km de plat et 600 m de montée coûtent chacun une heure, les deux sont équivalents en temps. Le rapport entre les deux donne un coefficient de conversion.
Ce coefficient porte le nom d’équivalence de Scarf, et il se retrouve directement à partir des unités de la règle d’origine. Trois milles font 4 828 mètres, deux mille pieds font 609,6 mètres. Le rapport entre les deux vaut 7,92. Pour l’usage courant, on retient 8 : un mètre de dénivelé positif coûte le même temps que huit mètres de marche à plat.
La formule tient sur une ligne, avec la distance en kilomètres et le dénivelé en kilomètres également.
Distance équivalente à plat = distance réelle + 8 × dénivelé positif
Un exemple concret. Une course de 14 km avec 900 m de dénivelé positif donne une distance équivalente de 14 + 8 × 0,9 = 21,2 km. À 5 km/h, cela fait 4 h 15. À 4 km/h, rythme plus réaliste avec un sac, cela fait 5 h 18.
| Itinéraire | Distance équivalente | À 5 km/h | À 4 km/h | À 3 km/h |
|---|---|---|---|---|
| 10 km, 400 m D+ | 13,2 km | 2 h 38 | 3 h 18 | 4 h 24 |
| 14 km, 900 m D+ | 21,2 km | 4 h 14 | 5 h 18 | 7 h 04 |
| 18 km, 1 200 m D+ | 27,6 km | 5 h 31 | 6 h 54 | 9 h 12 |
| 8 km, 1 500 m D+ | 20,0 km | 4 h 00 | 5 h 00 | 6 h 40 |
La dernière ligne montre bien ce que la formule apporte. Huit kilomètres semblent courts, mais avec 1 500 m de montée, l’effort équivaut à vingt kilomètres de plat. C’est la raison pour laquelle une course courte et raide épuise autant qu’une longue traversée.
Naismith correspond-il à un marcheur français moyen ?
Non, et il faut le dire clairement. Les 600 m de dénivelé à l’heure de Naismith sont un rythme soutenu. En France, la référence courante en randonnée pédestre est plutôt de 300 m de dénivelé positif à l’heure, soit deux fois moins.
Ce n’est pas une contradiction, c’est une différence de public. Naismith décrivait ce que faisait un alpiniste écossais entraîné en 1892, sur les collines d’Écosse, sans sac lourd. Le chiffre de 300 m par heure décrit un groupe, avec des arrêts, du portage et un terrain plus raide.
La bonne façon d’utiliser la formule consiste donc à garder l’équivalence de Naismith, qui est une constante de terrain, et à ajuster uniquement la vitesse à plat. Un marcheur qui tient 300 m de dénivelé à l’heure marche à peu près à 2,5 km/h de vitesse équivalente. Il suffit de reprendre la colonne correspondante du tableau.
Qu’est-ce que la règle ne mesure pas ?
Il faut être honnête sur ses limites, elles sont importantes.
Elle ne dit rien de la descente. Naismith ne prévoit aucune correction pour le dénivelé négatif, ce qui revient à considérer qu’une descente se parcourt à la vitesse du plat. C’est faux dans les deux sens : une descente douce est plus rapide que le plat, une descente raide sur pierrier est bien plus lente. Des corrections ont été proposées, notamment par Langmuir, mais leur exactitude est discutée, en particulier sur les pentes douces.
Elle ne dit rien du terrain. Un pierrier, une sente d’herbe raide, un passage enneigé ou une racine mouillée changent complètement le rythme, et aucun coefficient ne les capture.
Elle ne dit rien de la charge. Un sac de bivouac de 12 kg ne modifie pas la formule mais divise la vitesse à plat.
Elle ne dit rien de la fatigue. Une formule est linéaire, un marcheur ne l’est pas : les deux dernières heures d’une longue journée se font toujours plus lentement que les deux premières.
Enfin, elle ne dit rien de l’altitude. Au-dessus de 2 500 m, la vitesse chute pour une raison qui n’a rien à voir avec la pente, et un itinéraire qui se termine à 3 000 m ne se calcule pas comme le même itinéraire à 1 200 m.
Comment s’en servir pour préparer une sortie ?
La méthode tient en trois étapes et se fait sur la carte, avant de partir.
On mesure la distance du tracé, à la ficelle ou avec l’outil de mesure d’une application. On compte le dénivelé positif, en additionnant les courbes maîtresses traversées en montée. On applique la formule, puis on divise par sa propre vitesse à plat, celle qu’on connaît par expérience.
Il reste à ajouter le temps qui n’est pas de la marche : les pauses, le repas, les photos, l’orientation dans un passage douteux. Compter 15 % du temps de marche pour une sortie à la journée est une base raisonnable, davantage en groupe.
Un exemple de fin de calcul, pour fixer les idées. Une course de 14 km avec 900 m de dénivelé donne 21,2 km équivalents. À 4 km/h, cela fait 5 h 18 de marche. En ajoutant 15 % pour les pauses, on arrive à 6 h 05 de sortie. Pour être rentré à 17 h, il faut donc partir avant 11 h, et cela suppose que rien ne se passe mal.
Le dernier calcul est le plus utile de tous, et il se fait à l’envers. On part de l’heure à laquelle il faut être rentré, on soustrait le temps total, et l’on obtient l’heure de départ. Cette heure-là est la seule qui ne se négocie pas.
Questions fréquentes
Le coefficient de 7,92 est-il vérifié ?
Il découle directement des unités de la règle d’origine, il n’est pas mesuré. Ce qui a été mesuré, c’est la règle elle-même : sur des années de comparaison entre temps prévus et temps réels, elle tombe juste à 8,8 % près dans dix-neuf cas sur vingt. C’est un modèle simple, pas une loi physique : il décrit bien la moyenne, pas les cas particuliers.
Faut-il compter le dénivelé cumulé ou l’écart d’altitude ?
Le dénivelé cumulé positif, c’est-à-dire la somme de toutes les montées. Sur un parcours en balcon avec de nombreux ressauts, ce cumul dépasse largement l’écart entre le point de départ et le sommet, et c’est lui qui coûte du temps.
La règle marche-t-elle en raquettes ou en ski de randonnée ?
L’équivalence entre distance et montée reste utile, mais la vitesse à plat change complètement selon la qualité de la neige. En neige profonde, la vitesse à plat peut tomber sous 2 km/h, ce qui rend le calcul de base inopérant. Là, seule l’expérience du terrain compte.
Pourquoi mon application donne-t-elle un temps différent ?
Parce que la plupart des applications utilisent leur propre modèle, souvent calibré sur les traces de leurs utilisateurs, et qu’elles appliquent des corrections de descente. Elles sont plus fines sur le terrain qu’elles connaissent, moins fiables sur un itinéraire peu fréquenté.
Comment savoir quelle est ma vitesse à plat ?
En la mesurant sur une sortie connue : un parcours sans dénivelé, à allure de randonnée, chronométré pauses comprises. Ce chiffre personnel vaut mieux que n’importe quelle moyenne, et il change peu d’une année sur l’autre.
Sources
Ma Petite Rando, règle de Naismith, formulation en 30 minutes par 300 mètres et précision mesurée : mapetiterando.fr/conseils/guides-pratiques/connaissez-vous-lingenieuse-regle-de-naismith-pour-estimer-vos-temps-de-randonnee-sans-vous-tromper
Les temps calculés ici sont des ordres de grandeur destinés à préparer une sortie. Ils ne remplacent ni la lecture du bulletin météo, ni le jugement sur place, ni la décision de faire demi-tour.


