Mis à jour le 20 septembre 2026
La boussole reste au fond du sac tant que le GPS du téléphone fonctionne, et elle en sort le jour où il ne fonctionne plus. Ce jour-là, on découvre qu’on sait à peu près s’en servir, mais qu’il manque une pièce : cette histoire de déclinaison dont on se souvient vaguement, et qu’on décide d’ignorer parce qu’elle a l’air d’un détail de spécialiste.
Ce n’est pas un détail. La déclinaison change chaque année, elle est imprimée sur la carte avec une date, et une carte de quinze ans introduit une erreur qui se compte en dizaines de mètres au kilomètre. Voici ce que dit l’IGN, le calcul de dérive, et la manière de s’en servir sans se compliquer la vie.
En bref
- La déclinaison magnétique est l’angle entre le nord magnétique, celui que montre l’aiguille, et le nord géographique, celui de la carte.
- Elle est imprimée sur chaque carte IGN, avec sa valeur, sa date et sa variation annuelle.
- Exemple relevé sur une feuille IGN : 0°29’ vers l’Ouest au 1er janvier 2024, avec une variation annuelle de 11,4’ vers l’Est.
- Le calcul qui compte : à ce rythme, une carte de seize ans accumule environ 3 degrés d’écart, soit 53 m d’erreur par kilomètre parcouru au cap.
- Sur une sortie de randonnée courante, où l’on relève des repères visuels tous les quelques centaines de mètres, cette erreur ne se voit pas. Elle devient déterminante dans le brouillard ou en forêt.
- Une boussole se tient à plat, loin du téléphone, des bâtons en aluminium et des piolets.
Que montre exactement l’aiguille ?
Le nord magnétique, qui est la direction du champ magnétique terrestre à l’endroit où l’on se trouve. Ce point ne coïncide pas avec le nord géographique, celui autour duquel la Terre tourne et vers lequel pointent les méridiens de la carte.
L’écart entre les deux s’appelle la déclinaison magnétique. Il dépend du lieu et de la date, parce que le champ magnétique terrestre se déplace. L’IGN décrit la chose sans ambiguïté : c’est l’angle, au centre de la carte, formé entre le nord magnétique et le nord géographique, et il est calculé pour un lieu et une date donnés à partir de modèles du champ géomagnétique.
Une troisième direction existe et complique les choses, le nord du quadrillage, c’est-à-dire celui des lignes du carroyage imprimé. Il diffère légèrement du nord géographique selon l’endroit dans la projection. Sur une carte au 1 : 25 000, cet écart reste petit et se néglige pour la randonnée.
Comment la déclinaison est-elle indiquée sur une carte ?
Par un petit schéma dans le bandeau, montrant deux flèches qui divergent, avec trois informations : la valeur de l’angle, la date à laquelle il a été calculé, et la variation annuelle.
Un exemple concret, relevé sur une feuille IGN : la déclinaison au centre de la feuille est de 0°29’ vers l’Ouest au 1er janvier 2024, et sa variation annuelle est de 11,4’ vers l’Est.
Trois choses se lisent dans cette ligne. La valeur du moment est très faible, moins d’un demi-degré, donc négligeable pour marcher. La variation, elle, ne l’est pas : presque un cinquième de degré par an. Et le sens compte, puisqu’une déclinaison Ouest qui varie vers l’Est va d’abord diminuer, passer par zéro, puis repartir dans l’autre sens.
Quelle erreur une carte ancienne introduit-elle ?
Voici le calcul, et il justifie à lui seul de regarder la date de la carte.
Avec une variation annuelle de 11,4 minutes d’angle, l’écart accumulé se multiplie par le nombre d’années. Sur cinq ans, cela fait 57 minutes, soit environ 0,95 degré. Sur dix ans, 114 minutes, soit 1,9 degré. Sur seize ans, 182 minutes, soit un peu plus de 3 degrés.
Reste à traduire un angle en mètres. Un cap suivi sur une distance donnée dévie de cette distance multipliée par la tangente de l’angle. Trois degrés sur un kilomètre donnent 53 mètres d’écart latéral.
| Âge de la carte | Dérive accumulée | Écart sur 500 m | Écart sur 1 km | Écart sur 3 km |
|---|---|---|---|---|
| 5 ans | 0,95° | 8 m | 17 m | 50 m |
| 10 ans | 1,9° | 17 m | 33 m | 99 m |
| 16 ans | 3,0° | 27 m | 53 m | 159 m |
Ces chiffres mettent la question à sa place. Sur un sentier balisé, où l’on se recale visuellement en permanence, 53 mètres ne changent rien. Dans le brouillard, en forêt dense ou sur un plateau enneigé sans repère, où l’on marche au cap sur un kilomètre pour retrouver un col, ils font la différence entre trouver le passage et passer à côté.
Comment suivre un cap, concrètement ?
La séquence est toujours la même, et elle tient en quatre gestes.
On pose la boussole à plat sur la carte, le bord long reliant le point où l’on est au point où l’on veut aller, la flèche de direction pointant vers la destination. On tourne ensuite le cadran mobile pour aligner ses lignes de repère sur les méridiens ou sur le carroyage de la carte, le N du cadran vers le haut de la carte. On lit alors le cap sur le cadran : c’est un cap géographique, celui de la carte.
On applique la correction de déclinaison, si elle est significative, en tournant le cadran de la valeur lue dans le bandeau, dans le sens indiqué. Beaucoup de boussoles disposent d’une vis de réglage de déclinaison qui fait cette correction une fois pour toutes.
On lève enfin la boussole devant soi, à plat dans la paume, et l’on tourne sur soi-même jusqu’à ce que l’aiguille rouge vienne se loger dans le repère du cadran. La flèche de direction indique alors le chemin à suivre.
Le geste qui manque presque toujours vient ensuite : on ne marche pas les yeux sur la boussole. On repère un objet fixe dans l’axe, un arbre, un rocher, une bosse, on y va, et l’on recommence. C’est cette méthode par visées successives qui rend la marche au cap précise, bien plus que la finesse du cadran.
Qu’est-ce qui fausse une boussole ?
Beaucoup de choses, et elles sont dans le sac.
Le téléphone en premier, dont les aimants de haut-parleur et de fixation dévient l’aiguille à quelques centimètres. Les bâtons de marche en aluminium ne posent pas de problème, mais les pointes en carbure et les piolets en acier, si. Les boucles métalliques d’un sac, un couteau, une frontale, un appareil photo, une pile bouton produisent le même effet.
La règle pratique consiste à s’écarter de tout objet métallique d’au moins une longueur de bras, ce qui veut dire poser le sac au sol et faire trois pas avant de prendre un cap.
Restent deux causes moins connues. Certaines roches volcaniques créent des anomalies magnétiques locales, mesurables sur quelques dizaines de mètres. Et les lignes à haute tension, les voies ferrées et les remontées mécaniques perturbent l’aiguille à proximité immédiate.
Enfin, une boussole vieillissante peut présenter une bulle d’air dans sa capsule. Une petite bulle ne gêne pas, une grosse bulle ralentit l’aiguille et fausse la lecture à plat.
Quel type de boussole choisir ?
Trois familles couvrent les usages, et la différence tient au geste plus qu’à la précision.
La boussole à plaquette, transparente, avec un cadran tournant et une règle graduée sur le bord, est celle qui se pose sur la carte. C’est la seule qui permette de faire toute la séquence décrite plus haut sans instrument supplémentaire, et c’est celle qu’il faut pour la randonnée.
La boussole à miroir ajoute un couvercle réfléchissant qui permet de viser un point lointain tout en lisant le cadran. Elle gagne un degré de précision sur une visée, ce qui compte en montagne et en terrain sans repères, et elle protège la capsule dans le sac.
La boussole de pouce, portée sur la main, vient de la course d’orientation. Elle est rapide et se lit en courant, mais elle ne se pose pas correctement sur une carte pour construire un cap. Ce n’est pas l’outil d’une randonnée à la carte.
Questions fréquentes
Faut-il vraiment corriger la déclinaison en France ?
Aujourd’hui, elle est faible sur une grande partie du territoire, souvent moins d’un degré. Ce qui compte davantage est la date de la carte : c’est la dérive accumulée depuis l’impression, et non la valeur imprimée, qui introduit l’erreur.
Où trouver la déclinaison actuelle d’un lieu ?
L’IGN propose un calcul de déclinaison magnétique qui fournit la valeur de l’angle entre nord magnétique et nord géographique pour un lieu et une date, à partir de plusieurs modèles du champ géomagnétique.
La boussole du téléphone remplace-t-elle une boussole ?
Elle donne un cap correct quand elle est calibrée, et elle applique en général la correction de déclinaison automatiquement. Elle dépend en revanche de la batterie, du froid et de l’étalonnage du magnétomètre, trois choses qui lâchent au mauvais moment. Une boussole à plaquette ne tombe jamais en panne.
Comment faire une visée arrière ?
En ajoutant ou en retirant 180 degrés au cap suivi, puis en visant le point d’où l’on vient. Si la lecture correspond, on est bien sur la ligne. C’est le contrôle le plus simple pour vérifier qu’on n’a pas dérivé.
Que faire quand l’aiguille tourne sans se fixer ?
Il y a une source magnétique à proximité, ou la boussole n’est pas à plat. On s’écarte de quelques mètres, on repose la boussole horizontalement dans la paume ouverte, et l’aiguille doit se stabiliser en deux à trois secondes.
Sources
IGN Géodésie, calcul de déclinaison magnétique, définition et exemple de valeur relevée sur une feuille : geodesie.ign.fr/calcul-de-declinaison-magnetique
La variation annuelle de 11,4 minutes utilisée dans les calculs est celle indiquée sur l’exemple de feuille cité. Elle diffère selon le lieu et la date, et c’est la valeur imprimée sur la carte utilisée qui fait foi.